Je me surprends en train de t'imaginer face à moi et te dire ce qui me reste et me pollue. Ce qui flotte dans ma tête, qui résonne comme une alarme face à tous les signaux de la vie courante qui me ramènent à ton souvenir.
Je réalise à quelle intensité j'ai vécu tout ça, et la légèreté avec laquelle tu as agi, toi, en contrepartie. Négligence et lâcheté. J'ai été négligée, humiliée trompée, trahie et mésestimée. J'me prive de mes élucubrations en me plongeant dans des livres analysant tout ce que se relie à la sexualité. J'arrive pas à me pardonner ce à quoi j'ai cédé. Ce que j'ai gâché. J'arrive pas à passer le pas, à concevoir que c'était une simple erreur et que ça ne me pénalisera de toute façon jamais avec la personne que j'aimerais et qui m'aimera vraiment.
Sauf que je sais pas comment l'expliquer. J't'ai offert et laissé remporter une bataille à laquelle tu n'aurais même pas du participer. Tu dois être fier, d'avoir eu cet instant de gloire, si valorisant pour une homme. La fierté d'avoir pris quelque chose d'unique, l'égoïsme d'être le premier et le seul à pouvoir gouter à cette fragilité. Je t'en veux tellement de m'avoir laissé faire. Je t'en veux tellement de ne pas m'avoir raisonnée, de pas m'avoir dit que c'était trop tôt pour partir jusque là. Je t'en veux aussi d'avoir été si parfait cette nuit là, tu me retires toute matière à reproche quand je repense au moment M. Ta faute était celle de l'expérimenté qui use et abuse de la naïveté des plus jeunes non initiées. Etait-ce seulement de l'abus ou as-tu réellement cru en nous deux? Pourquoi j'arrive pas à croire au peu de choses que tu m'as dites la dernière fois.
Je me protège à coups de VIVA LA VIDA pour t'exhorter de décamper de chez moi, mais à mon grand regret j'aurai toujours un lien avec toi. Le lien de tout ce sang que tu m'as fait perdre, et le lien des objets qui m'appartiennent et qui sont encore chez toi. Il faut que je vienne le reprendre, pour arrêter d'imaginer des scénarios. Je te chasse pendant le refrain, et j'hurle la tête en arrière pour me défaire de toi et de tes souvenirs qui dansent dans ma tête, comme une ritournelle que je ne peux jamais arrêter. Tu vois, j'ai essayé de comprendre. Essayé d'envisager le fait que j'ai plus aimé le couple lui même que toi en tant qu'être. Finalement, je réalise que c'est faux. Que c'est toi que j'ai réellement aimé. C'est ta peau à toi, ton odeur, ta bouche, tes yeux, ton corps, les rares fois où tu me faisais rire, toutes celles où tu me chariais et même si tu étais loin d'être parfait. C'était juste toi que je vénérais, toi que je voulais sans arrêt, toi pour qui je voulais être tout ce qu'il y a de mieux, et tu as d'ailleurs été témoins de la frustration que j'éprouvais parfois face à toi; quand tu ne comprenais pas mes crises existentielles, mes larmes, mes changements soudains d'humeur. Tu n'as pas mesuré l'ampleur de mes sentiments et ressentis; je voulais juste me fondre en toi et te donner tout parce que je ne voulais qu'une chose, c'est m'éteindre pour exister en toi. Je te répétais sans arrêt que tout a une raison avec moi, et tu n'as pas saisi la subtilité au delà des ébats. Tu t'es arrêté à ce qui est primaire, à la pulsion, et tu m'as réduite à ça. Alors que c'était tellement plus que charnel. C'était un désir profond que j'éprouvais, un désir de fusion. Tu ne savais pas que ces moments étaient pour moi au dessus de tout, puisque j'avais le sentiment que tu étais réellement là, avec moi, au présent, et avec personne d'autre. Je t'avais seul pour moi seule, et nous existions à nous deux seulement. J'aurais voulu partager mes rires, les confondre aux tiens, et te parler lorsque j'ai senti que nous battions de l'aile, au lieu d'attendre voir si le temps aller nous réparer. Il nous a séparé, et c'est peut-être ça que je ne me pardonne pas non plus. Dans le libre arbitre, j'ai préféré la passivité à l'action.
J'ai manqué de courage parce que l'idée de te perdre me paralysait.
Et tu vois, j'aimerais te revoir. Je pourrais, si seulement tu étais seul. Si seulement je pouvais écarter l'image que je garde de toi et elle, en train de m'écraser en riant. Je ne peux pas te revoir si son odeur est encore incrustée dans tes draps. Si je vois dans ton évier deux verres, deux assiettes et quatre couverts. Je peux pas vivre ça calmement. Je peux évidemment me jeter dans ce danger, mais je sais que ça me rendrait dingue et que je pourrais devenir cruelle, insupportablement ironique, injuste et détestable dans ce que je dirai et ferai. Je sais que je garderai ce rictus que j'affiche quand j'ai mal, pour sauver les apparences. Et me voir plonger dans le mal, toi me tirant vers le fond, et moi te cédant, me fout juste hors de moi.
Je peux pas encore me tromper, je peux pas te laisser encore me faire du mal. J'essaie simplement de trouver une solution pour arrêter de regretter que tu aies traversé ma vie. Si vite et si profondément.
Le temps m'empêche de pleurer. J'ai aussi gagné en maturité. Certainement pas en confiance en moi, au contraire, mais du moins, je ne pleure plu. Je suis sans doute sur le point de pardonner. Si tu savais combien de fois j'ai revécu cette histoire, à quel point j'ai été attentive aux détails, à quel point j'étais vraie avec toi, et à quel point tout me fait douter de ton authenticité vis à vis de moi. Si seulement tu pouvais imaginer toutes les fois où je te parle, toutes les fois où je te tue, où je reviens me blottir dans tes bras, où je deviens hystérique et déchire toutes les lettres que je t'ai écrites, te fais cracher tout le chocolat que je t'ai offert, où je fous ta maison en l'air, où je torture ta nouvelle copine, et toutes les fois où j'ai insisté, essayé de te faire revenir sur ton choix, d'influencer ta vision des choses, toutes les fois où je t'ai simplement dit que je t'aimais.
La vérité est là; j'étais trop amoureuse de toi pour être lucide sur ce qui était en train de se passer, alors même que j'en avais le pressentiment.
There's nothing here to run from. Cause yet everybody's got somebody to lean on.